Imagerie forensique, dans l’ombre des images : Quand le manipulateur mène l’enquête



Introduction
L’imagerie forensique ou imagerie post-mortem s’est imposée ces dernières années comme un outil indispensable de la médecine légale moderne. Elle regroupe l’ensemble des techniques d’imagerie utilisées dans les cas de morts suspectes, violentes ou inexpliquées.
Même si l’autopsie réelle demeure la référence, l’autopsie virtuelle, aussi appelée Virtopsy, s’impose comme un complément voire une alternative à l’examen de corps. En associant rigueur scientifique et technologie de pointe, elle révèle les mystères des corps après la mort.
L’imagerie est aujourd’hui devenue un témoin muet où le manipulateur joue un rôle central. Il ne porte peut-être pas d’insigne mais c’est bien une enquête que celui-ci s’apprête à mener. Une investigation où les images remplacent les mots et où le MERM n’est plus un simple opérateur mais bien un technicien expert, indispensable au bon déroulement de l’enquête.
Le manipulateur au centre du circuit médico-légal
L’imagerie forensique s’inscrit dans un cadre médico-légal strict. Chaque examen post-mortem répond à une réquisition judiciaire ou à une demande médico-légale, encadrée par le Code de la santé publique et le Code de procédure pénale.
Contrairement à l’imagerie clinique, l’imagerie post-mortem impose des contraintes particulières liées aux modifications physiologiques propres à la mort (absence de circulation sanguine, modifications tissulaires, artefacts…) Le manipulateur doit donc faire preuve d’une grande adaptabilité afin d’optimiser ses paramètres d’acquisition et acquérir des images de qualité, conditionnant la valeur judiciaire des clichés.

Apport de l’autopsie virtuelle
Longtemps centrée sur l’autopsie classique, la médecine légale intègre désormais des techniques issues de l’imagerie moderne, notamment la radiologie, le scanner ou encore l’IRM post-mortem. Une revue publiée en 2025 confirme l’intérêt de la Virtopsy, de l’angiographie post mortem et de l’IRM post-mortem dans l’examen médico-légal, avec une complémentarité indéniable entre l’imagerie et l’autopsie conventionnelle. Ces technologies permettent une approche non invasive de l’ensemble du corps, reproductible et hautement informative. Les images peuvent être archivées à l’infini et réinterprétées au besoin, bien après la fin de l’enquête.
On peut citer notamment les avantages suivants :

- La détection des causes de décès : strangulation, traumatismes directs, armes blanches, armes à feu, inhalation…
- L’identification des lésions invisibles en surface
- La reconstitution des trajectoires balistiques
- L’identification du défunt
- Le respect des convictions religieuses ou des souhaits familiaux, en proposant une autopsie “virtuelle” sans atteinte portée au corps.
- La diminution de l’impact psychologique sur les familles notamment lorsqu’il s’agit de pédiatrie.
Malgré son évidente plus-value, la Virtopsy seule ne remplace pas totalement l’autopsie dans la réglementation française et reste pour le moment, une aide diagnostique. Il arrive cependant que les résultats d’imagerie ne coïncident pas avec les résultats de l’examen clinique, renversant alors le déroulé de l’enquête.

La possibilité de voir sans ouvrir
Sans l’apport décisif de l’imagerie post-mortem, certaines lésions ou anomalies passeraient facilement inaperçues lors de l’examen externe du corps.
Dans ce cas précis, une personne retrouvée décédée en forêt par un promeneur, ne présentait à l’examen de corps initial, aucune lésion visible ni trace de violence externe. Le médecin légiste, considérant le tableau compatible avec une mort naturelle, proposa la réalisation d’une Virtopsy à la demande de la famille, soucieuse d’obtenir des précisions sur les circonstances du décès.
Le manipulateur en électroradiologie, après réception du corps, procède à une acquisition corps entier selon le protocole post-mortem standard. Les premières images mettent en évidence la présence d’un artefact métallique intracrânien. Le manipulateur réalise alors un post-traitement des images : réduction de l’artéfact métallique en fenêtre osseuse et parties molles avec reconstructions multi planaires.

Le diagnostic est sans appel : on observe un projectile métallique intra parenchymateux associé à un orifice d’entrée occipital bien individualisé. Dans les traumatismes balistiques crâniens, la tomodensitométrie post-mortem est particulièrement performante pour localiser les fragments, préciser le trajet du projectile et mettre en évidence les atteintes osseuses et intracrâniennes.
À partir de ces données, le radiologue a pu reconstruire dans les trois plans de l’espace, la trajectoire balistique, validant immédiatement l’hypothèse d’un homicide par arme à feu incompatible avec l’hypothèse initiale de mort naturelle.
Cette découverte a conduit le médecin légiste à reprendre l’exploration ciblée de la voûte crânienne. Sous les cheveux, une petite plaie initialement considérée comme anodine se révèle être, après dégagement des tissus mous, la lésion d’entrée de la balle, corrélant parfaitement avec les observations radiologiques.


Cette mise en évidence au scanner a donc transformé une suspicion de mort naturelle en diagnostic d’homicide, illustrant la valeur déterminante de l’imagerie post-mortem dans la médecine légale moderne.
Le regard technique du manipulateur est d’une importance capitale pour la qualité du diagnostic. Sa capacité d’adaptation a permis d’identifier des indices majeurs, permettant de renverser les conclusions de l’enquête.
Une pratique nationale
La Virtopsy est aujourd’hui une pratique accessible, intégrée à part entière dans le circuit médico-légal. De nombreux CHU et IML disposent de plateaux techniques comprenant scanner voire IRM, mobilisables en routine pour des examens post mortem.
Plusieurs publications et retours d’expérience de CHU français témoignent d’une utilisation courante de ces outils en complément de l’autopsie, prouvant l’intégration de la Virtopsy dans le parcours médico-légal hospitalier.
On peut citer notamment le Groupement Hospitalier Universitaire (GHU) de Paris, qui a créé un pôle universitaire d’imagerie post mortem, preuve d’un développement institutionnel et pédagogique de la discipline dans les CHU parisiens. Ou encore l’IML du CHU de Lyon qui dispose elle aussi d’une grande activité avec des scanners corps entier mobilisés directement dans le service de médecine légale.
Conclusion
L’imagerie post-mortem s’impose aujourd’hui comme un outil incontournable de la médecine légale. A mi-chemin entre technologie et enquête, la Virtopsy constitue un apport décisif, permettant une exploration non invasive du corps, la détection de lésions invisibles et, dans certains cas, une réorientation des conclusions médico-légales.
Si elle ne se substitue pas encore à l’autopsie conventionnelle, elle demeure un complément précieux, tout en soulevant des enjeux éthiques liés à la place croissante de la technologie. Les progrès en imagerie et en intelligence artificielle laissent entrevoir un rôle croissant de la Virtopsy dans l’évolution des pratiques médico-légales, au service de la justice d’aujourd’hui.
Le manipulateur occupe une place essentielle dans la chaîne médico-légale, garantissant la qualité et la pertinence des acquisitions, se transformant en véritable détective des temps modernes.
Bibliographie :
- The current state of forensic imaging – recommended radiological approaches. PMC, 2025 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12354491/
- Code de procédure pénale, articles 230-28 à 230-31. Légifrance.
- Imagerie post-mortem en France : état des lieux. SFR e-Bulletin. https://ebulletin.radiologie.fr/imagerie-thanatologique-medico-legale/imageriepost-mortem-france-etat-lieux
- The Current Status of Virtual Autopsy Using Combined Imaging Modalities. PMC, 2025. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC11818485/
- The current state of forensic imaging – recommended radiological tools and international guidelines, PMC, 2025 https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12354491/
- From Traditional to Virtual: The Evolving Landscape of Autopsy Techniques in Forensic Science, Sage Journals, 2025 https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/09710973251327639
- Création d’un pôle universitaire d’imagerie post-mortem Paris Descartes. https://www.ghu-paris.fr/fr/actualites/creation-dun-pole-universitaire-dimagerie-post-mortem-paris-descartes
- Quand l’imagerie post mortem complète l’autopsie | Actualité | Hospices Civils de Lyon https://www.chu-lyon.fr/quand-limagerie-post-mortem-complete-lautopsie
