La Sécurité IRM en 2025 : Mise en œuvre et espoir d’évolution



« L’IRM est une technique sûre et sans risque parce qu’elle n’utilise pas de rayonnements ionisants » Voici, très probablement, l’erreur de communication originelle ayant causée le retard de prise en considération des dangers de cette modalité d’imagerie.
Non-ionisante, certes, mais pas sans risque. Du champ magnétique statique, à la cryogénie, en passant par les champs variables (ondes de radiofréquences et gradients), sans oublier le Gadolinium ; les sources de risques en IRM sont au nombre de cinq. Indissociables, comme les cinq doigts de la main (petit moyen mnémotechnique;)
Abordons-les brièvement, et schématiquement dans leur ordre chronologique d’apparition dans la chaîne d’imagerie IRM.

- L’aimant : champ magnétique statique BO. Puissant et permanent, il est toujours actif. La FDA (Food and Drug Administration) reconnaît la nouvelle norme IEC (International Electrotechnical Commission) de la ligne des 9 Gauss comme, je cite : « zone de danger BO ».
- Pour conserver ses propriétés supraconductrices, cet aimant doit être refroidi. En IRM, c’est l’Hélium, gaz insipide, inodore, incolore et ininflammable qui joue ce rôle cryogénique, à une température critique de 4°Kelvin.
- Les ondes de radiofréquences (ORF). Elles constituent le champ B1. Champ variable dans le temps, il est la principale source de brûlures thermiques, effet indésirable le plus décrit en IRM.
- Les gradients permettent de traiter, capter et localiser le signal réémis par le tissu à imager. Champs, eux aussi, variables dans le temps, ils sont à l’origine du bruit si caractéristique de nos machines et des Stimulations Nerveuses Périphériques (SNP).
- Enfin, le Gadolinium, contraste indirect, comme tout médicament injecté présente des contraintes à respecter. Extravasation, réactions d’hypersensibilité seront à surveiller, en plus de de la Fibrose Néphrogénique Systémique (FNS) qui « semble avoir disparu » depuis l’utilisation (quasi) exclusive des molécules macrocycliques dans l’Union Européenne.
Dans le monde, une reconnaissance hétérogène de la question de la sécurité IRM
Si certains pays comme les Etats-Unis font de la salle d’examen IRM (appelée salle de l’aimant, Zone IV) la salle « la plus dangereuse d’un établissement » de soins, des études de 2021 issues d’autres régions du monde (Danemark, Suède) concluent sur le fait que « les évènements indésirables liés à l’IRM sont gravement sous-déclarés »[DOI : 10.1007/S00330-021-08160-W] et que « le personnel a […] un faux sentiment de sécurité » [10.1007/s00330-019-06465-5]
Selon ces mêmes études, « un manque de financement » est constaté, sans doute à l’origine du manque de considération pour ce sujet
Fig 1 : avec l’aimable autorisation d’utilisation de Monsieur GILK Tobias qui nous explique que « le nombre d’événements indésirables par IRM signalés à la FDA américaine en 2024 a connu une augmentation de 77% par rapport au nombre signalé en 2023 ! »
Pourtant, les professionnels de l’imagerie médicale sont de plus en plus nombreux (manipulateurs radio, radiologues et secrétaires) à prendre la mesure de cette machine et de ses spécificités. De plus en plus nombreux à s’investir pour la sécurité qui entoure l’environnement d’une IRM, certes impressionnante, mais pour laquelle l’application de règles simples suffit pour répondre aux directives internationales. La formation n’est pas qu’un besoin. Elle est aussi une nécessité. La problématique réside justement dans le fait que ces mêmes directives sont extrêmement variables d’un continent à un autre, d’un pays à son voisin, voire même d’un centre d’imagerie à l’autre au sein d’un seul et même pays. Le paysage mondial est très hétérogène, avec des procédures différentes pour la formation à la sécurité IRM et leur application dans la routine clinique. Pour remédier à cela, il semble indispensable de tendre vers l’harmonisation des pratiques. Nous utilisons strictement les mêmes machines à travers le Monde. Pourquoi alors les pratiques diffèrent-elles ?
En France, l’un des éléments de réponse est certainement l’absence de Diplôme commun. Le parallèle et raccourci qu’il est aisé de faire avec la radioprotection montre un fossé énorme. Cette dernière est respectée, là où l’électromagnétoprotection est encore trop sous-estimée, voir négligée
L’IRM est une technique inoffensive mais pas sans risque. Elle nécessite des connaissances solides, et la compréhension de celles-ci pourrait être dispensée et validée par l’obtention d’une certification, un diplôme etc. …
Dans certains pays voisins, les choses s’organisent. Ainsi, l’European Curriculum for Safety Officiers in MRI (ECSO-MRI) œuvre pour un environnement RM plus sûr. L’objectif de ce projet est de développer un programme européen pour les responsables de la sécurité en imagerie par résonance magnétique
Par exemple, aux Etats-Unis, le diplôme de MRSO-MRSE existe depuis de nombreuses années. Il est arrivé plus récemment en Grande-Bretagne. Malheureusement, il est non reconnu en France pour le moment. Et pourtant, nous ne sommes pas épargnés par les événements indésirables graves. Graves pour certains, très graves pour d’autres, ils continuent de se produire sur notre territoire.
Alors, comment peut-on assurer au quotidien, la sécurité en IRM ?
Pour prévenir et se prémunir des différents risques, la dernière édition du manuel de l’ACR (American College of radiology), paru en 2024, permet révisions et mises à jour. Ses objectifs sont de « fournir des pratiques de sécurité complètes et actualisées, permettre une mise à jour rapide des recommandations de sécurité IRM, indiquer les domaines où les données manquent pour étayer une recommandation définitive des experts »
Avant toute chose, le zonage du service d’IRM se révèle indispensable et obligatoire d’après le Manuel ACR.
Figure 1 extrait du cours « gestion des risques en IRM » de Medical Professionals
- La zone I : dite sans risque concerne tous les espaces accessibles au grand public sans surveillance
- La zone II : est toujours un espace public mais constitue une interface entre la zone I, non réglementée et les zones III et IV, qui le sont strictement. C’est dans cette zone que débute le dépistage de sécurité, puis la préparation, la recherche des antécédents médicaux et l’habillage approprié du patient
- La zone III : est proche de la salle de l’aimant. Les régions de la zone III doivent être physiquement restreintes à l’accès du grand public par des serrures à clés, des portes codées, ou toute autre méthode fiable.
- La zone IV : est la zone de la salle de l’aimant elle-même. C’est naturellement là où le champ est le plus élevé, donc les plus grands risques. Tous les objets ferromagnétiques doivent être exclus. Elle doit être clairement étiquetée comme étant potentiellement dangereuse en raison de la présence d’un champ magnétique permanent.
Identifier les dispositifs à risque/ Etiquetage ASTM F25-03 :

Pour des raisons de sécurité les implants et dispositifs biomédicaux susceptibles d’être utilisés dans l’environnement IRM (pacemaker, valves de dérivation, pompes à perfusion, etc.), mais aussi tout le mobilier et les consommables (injecteur automatique, brancard, marchepied, fauteuil, etc…), sont classés en 3 groupes par l’American Society for Testing and Materials (ASTM). Tout matériel sans référence ou tout dispositif non référencé devra être considéré comme « unsafe ».
Ces « logos » devront être disposés de manière visible et distincte sur tous les matériaux mobiles en périphérie de la Zone IV.
Et si un incident/accident survient
La plupart des accidents sont la conséquence d’une succession de faits et/ou de comportements qui conduisent à l’accident, répondant ainsi au modèle de James REASON et sa théorie du fromage suisse.
Image : Davidmack — Travail personnel, sous licence CC BY-SA 3.0
Le modèle du fromage suisse illustre que même s’il existe plusieurs mécanismes pour éviter les imprévus ou accidents, chacun d’eux possède des failles et si ces dernières sont « alignées », alors un accident peut se produire. Si un événement indésirable survient dans un centre, il faudrait prendre toutes les dispositions afin qu’il ne se reproduise plus, que ce soit dans ce même centre, ou dans un autre. D’où l’importance de communiquer sur ces évènements Indésirables (EI), sans crainte d’être blâmé.
Ainsi, j’ai créé la plateforme SafetiRM pour offrir aux professionnels la possibilité de déclarer anonymement les événements indésirables. Les données recensées contribueront au développement futur de la sécurité en IRM pour vous, et pour l’ensemble des centres d’IRM, du personnel mais aussi de nos patients.
Visibilité et sensibilisation :
Malgré tout, et même s’il reste encore d’énormes progrès à faire, les conférences et les interventions d’experts se multiplient sur le sujet. On peut aussi signaler l’existence d’un ouvrage de référence Technologist’s MRI Safety Handbook, incontournable de la sécurité en IRM, co-écrit par Tobias GILK, Doug BOYD et Pete JABLONKA
Un visuel vaut mille mot » (Confucius). C’est avec cette idée et pour sensibiliser à la sécurité en IRM, que j’ai dessiné le ruban-aimant, disponible sous plusieurs formes : badges 100% MR-Safe, porte-clé, magnets, etc…
Ne souhaitant faire aucun commerce de celui-ci, je reverse l’intégralité des bénéfices à une association française qui réalise les rêves des enfants gravement malades. Le ruban-aimant est disponible ici.
