Financement des formations infirmières : qui paie vraiment la montée en compétences des soignants ?



Nouvelles compétences, spécialisation, évolution des pratiques : la formation accompagne les infirmiers tout au long de leur carrière. Mais son financement varie fortement selon le statut professionnel et le projet poursuivi. Entre employeurs, fonds mutualisés et dispositifs individuels, qui paie réellement la montée en compétences des IDEs et IDELs ?
La profession infirmière évolue. Prévention, coordination des parcours de soin, pratique avancée ou nouvelles responsabilités élargissent progressivement son champ d’exercice. L’inspection générale des affaires sociales (IGAS) estime ainsi que cette « montée en expertise » doit notamment s’accompagner d’un renforcement de la formation continue [1].
Mais se former a un coût. Et derrière l’expression « prise en charge » se cachent des réalités différentes. Un infirmier hospitalier, un salarié du privé et un infirmier libéral ne disposent pas des mêmes possibilités de financement.
A l’hôpital public, une formation largement financée collectivement

Dans la fonction publique hospitalière, le financement repose principalement sur les établissements et sur les fonds gérés ou mutualisés par l’ANFH (Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier) [2].
Selon le projet, plusieurs mécanismes peuvent intervenir : plan de formation de l’établissement, études promotionnelles pour accéder à un nouveau diplôme, congé de formation professionnelle (CFP), mais aussi certains cofinancements.
L’importance de ce système se retrouve dans les chiffres. En 2025, l’ANFH a enregistré 1,112 million de départs en formation, avec un taux d’accès de 55,8 % [3]. Les études promotionnelles concernent directement les parcours infirmiers : plus de 8 400 infirmières, 1 264 IPA, plus de 1 100 IBODE et 1 100 IADE figuraient parmi les dossiers en cours.
Dans le public, un infirmier ne finance donc généralement pas seul sa montée en compétences : celle-ci s’inscrit dans une politique de formation portée par son établissement et par des fonds collectifs.
Dans le privé, l’employeur est au centre du financement.

Pour un infirmier salarié d’une clinique, d’un EHPAD ou d’une autre structure privée, l’employeur constitue le principal acteur du financement, avec l’intervention possible de l’OPCO Santé [4].
Une formation peut notamment être intégrée au Plan de développement des compétences (PDC). Ce dispositif permet à l’employeur d’organiser les formations nécessaires à l’adaptation au poste, au maintien des compétences ou à l’évolution professionnelle [5].
Lorsqu’une formation est suivie dans ce cadre, les frais sont supportés par l’employeur et la rémunération est maintenue lorsqu’elle se déroule sur le temps de travail dans les conditions prévues [5].
Le coût pour l’établissement ne s’arrête d’ailleurs pas au prix facturé par l’organisme de formation. Il peut aussi comprendre le salaire et les charges du professionnel pendant sa formation, ainsi que les frais de transport ou d’hébergement [4].
Former représente donc un investissement plus large : il s’agit à la fois d’actualiser les pratiques et de disposer des compétences nécessaires aux besoins actuels et futurs de l’établissement.
Pour les infirmiers libéraux, une prise en charge plus encadrée
Sans employeur, l’infirmier libéral doit s’appuyer sur d’autres mécanismes.
Le FIF PL (Fond interprofessionnel de formation des professionnels libéraux) peut prendre en charge certaines formations répondant aux critères de la profession. Selon les critères consultés, le financement annuel est plafonné à 900 euros par professionnel, avec une limite de 300 euros pas jour et 600 euros par thème de formation, dans la limite du budget disponible [6].
Ces plafonds montrent qu’une formation éligible n’est pas forcément intégralement financée.
Le Développement professionnel continu (DPC) constitue une autre possibilité pour certaines actions éligibles. Pour les infirmiers entrant dans le périmètre de financement de l’Agence nationale du DPC, le dispositif peut associer la prise en charge des frais pédagogiques et une indemnisation du professionnel [7][8].
Cette distinction est importante pour les libéraux : le coût de la formation ne correspond pas uniquement à son prix. Le temps consacré à se former peut aussi entraîner une perte d’activité et donc de revenus.
Le CPF, pour certains projets individuels
Le compte personnel de formation (CPF) répond à une logique différente. Il permet à l’infirmier de mobiliser les droits acquis pour financer certaines formations éligibles, notamment dans le cadre d’un projet d’évolution professionnelle [9].
Mais le CPF ne garantit pas systématiquement une prise en charge totale. Lorsque les droits disponibles ne couvrent pas l’intégralité du prix, d’autres financements peuvent parfois compléter le montant ; sinon, un reste à charge peut subsister [9].
Ses modalités varient également selon le statut du professionnel, notamment entre salariés du privé, indépendants et agents publics [9][10].
| Situation | Financeur/Dispositif | Ce qui peut être financé | A retenir |
|---|---|---|---|
| IDE à l’hôpital public | Établissement / ANFH | Formation selon le dispositif mobilisé | Financement principalement collectif |
| IDE salariée du privé | Employeur / OPCO Santé | Frais de formation dans le cadre du PDC | Rémunération maintenue sur le temps de travail selon les conditions prévues |
| IDEL | FIF PL | Certaines formations éligibles | Jusqu’à 900 €/an, dans la limite des critères et du budget |
| IDEL éligible au DPC | Agence nationale du DPC | Frais pédagogiques | Une indemnisation peut également être prévue |
| Projet individuel | CPF | Certaines formations éligibles | Les droits disponibles peuvent ne pas couvrir la totalité du coût |
ANFH [2][3], OPCO Santé [4], Service-Public [5], FIF PL [6], Agence nationale du DPC [7][8], Mon Compte Formation [9].
L’exemple des IPA : financer aussi le temps consacré à la formation

Les formations longues rendent encore plus visible la question du coût réel de la montée en compétences.
En 2026, l’ARS Hauts-de-France prévoit par exemple, sous certaines conditions, une aide destinée à des infirmiers s’engageant dans la formation d’infirmier en pratique avancée (IPA). Pour les dossiers retenus, l’indemnité peut atteindre 21 200 euros par année de formation universitaire, afin de compenser partiellement la perte de revenus occasionnée par la formation [11].
En contrepartie, le bénéficiaire doit notamment s’engager à exercer les fonctions de pratique avancée dans les Hauts-de-France pendant au moins deux ans après l’obtention du diplôme [11].
Cet exemple montre que le financement peut aller au-delà du paiement des frais pédagogiques. Il peut également soutenir financièrement le professionnel pendant le temps nécessaire à l’acquisition de nouvelles compétences, tout en répondant à des besoins territoriaux de santé.
Un coût partagé entre plusieurs acteurs

Au final, il n’existe pas un financeur unique de la formation infirmière. Le statut professionnel reste la première clé de la lecture : établissement et ANFH dans la fonction publique hospitalière, employeur et éventuellement OPCO Santé dans le privé, FIF PL et DPC pour les libéraux. Le CPF peut intervenir dans certains projets individuels, tandis que des financements spécifiques peuvent soutenir des parcours particuliers.
Surtout, le prix de la formation ne représente qu’une partie de son coût réel. Maintien du salaire, perte d’activité pour un libéral, transport, hébergement ou reste à charge peuvent également entrer dans l’équation.
A mesure que les compétences infirmières évoluent, financer la formation ne consiste donc plus seulement à payer un programme pédagogique. Il s’agit aussi de permettre concrètement aux professionnels de dégager le temps et les moyens nécessaires pour développer les compétences dont le système de santé a besoin.
BIBLIOGRAPHIE :
- IGAS, IGÉSR. Évolution de la profession et de la formation infirmières. Rapport n° 2022-030R / n° 21-22 275A, 2023. https://igas.gouv.fr
- ANFH. Financer un projet de formation. Association nationale pour la formation permanente du personnel hospitalier. anfh.fr
- ANFH. L’ANFH dévoile les chiffres 2025 de la formation dans la Fonction publique hospitalière, 21 mai 2026. anfh.fr
- OPCO Santé. Financer mon projet de formation et Plan de développement des compétences (PDC). opco-sante.fr opco-sante.fr
- Service-Public.fr. Plan de développement des compétences (PDC) pour un salarié du secteur privé. service-public.gouv.fr
- FIF PL. Critères de prise en charge – Infirmiers. Fonds interprofessionnel de formation des professionnels libéraux. fifpl.fr
- Agence nationale du DPC. Forfaits DPC 2026 – Infirmiers, 2026. agencedpc.fr
- Agence nationale du DPC. Documentation relative aux modalités de prise en charge des professionnels de santé. agencedpc.fr
- Mon Compte Formation. Quelles sont les options de financement pour ma formation ? Caisse des Dépôts. moncompteformation.gouv.fr
- Service-Public.fr. Formation professionnelle. Direction de l’information légale et administrative. service-public.gouv.fr
- ARS Hauts-de-France. Financement de la formation d’infirmier en pratique avancée – 2026. demarche.numerique.gouv.fr
